Un jour de printemps couvert de brume, à Suminoe, me promenant sur le rivage, je regardais les barques de pêche qui se balancent sur les flots.
Alors j'ai pensé à une histoire de jadis.
Le jeune Urashima de Mizunoe était fier de sa pêche au thon et à la dorade.
De sept jours, il ne rentra pas à la maison.
La limite de la mer, il avait franchie dans sa barque.
Soudain, ramant vers lui, vint la fille du dieu de la mer.
Ils s'entretinrent et s'éprirent l'un de l'autre.
Ils échangèrent des serments et se rendirent au pays de la vie éternelle.
La main dans la main, ils entrèrent tous les deux dans une demeure splendide,
de l'enceinte du palais du dieu de la mer,
Sans vieillir ni mourir.
Un long temps, il passa ; mais l'insensé, étant fils de ce monde
parla ainsi à son épouse :
"Quelques moments, je voudrais retourner à la maison,
prendre des nouvelles de mon père et de ma mère.
Je reviendrai, disons... demain."
Quand il eut parlé sa femme dit :
"Si, dans ce monde de vie éternelle, tu veux revenir,
et comme maintenant, vivre avec moi, n'ouvre jamais le coffret de toilette que voici."
Il en fit le serment et le répéta.
A Suminoe revenu, il chercha sa maison :
Il ne vit plus de maison ;
il chercha son village :
Il ne vit plus de village.
Perplexe, il restait là, pensif.
Depuis trois ans seulement qu'il avait quitté la maison, se pouvait-il que jusqu'à la clôture,
elle eût disparu ?
"Si, pour voir, j'ouvrais ce coffret, comme autrefois la maison ne serait-elle pas là ?"
Il entrouvrit le précieux coffret de toilette et alors,
un nuage blanc s'échappa de la boite et se répandit jusqu'au pays de la vie éternelle.
Bondissant sur ses pieds, il cria, agita ses manches, trépigna, se roula à terre.
Soudain, son esprit s'affaiblit, sa peau qui était si jeune se couvrit de rides,
ses cheveux qui étaient noirs, devinrent blancs.
Bientôt le souffle lui manqua, et finalement la vie le quitta.
Du jeune Urashima de Mizunoe, je vois le lieu de la demeure.